Voyages en France en 1787, 1788 et 1789 6 juin 1787 : Vu Limoges...

Arthur Young, Voyages en France en 1787, 1788 et 1789, Armand Colin, 1931, p. 96-98 (disponible sur Gallica).

6 juin. — Vu Limoges et visité ses manufactures. C’était certainement une station romaine ; quelques traces de son antiquité subsistent encore. La ville est mal construite, avec des rues étroites et tortueuses, les maisons hautes et peu plaisantes. Elles sont bâties en granit et en bois, avec des lattes et du plâtre, pour éviter la chaux, article cher ici, car on la fait venir d’une distance de douze lieux ; les toits sont couverts de tuiles ; ils font saillie et sont presque plats, preuve évidente que nous avons quitté la région des neiges. L’édifice public le plus remarquable, c’est une belle fontaine ; l’eau y est amenée de trois quarts de lieue par un aqueduc voûté ; elle passe sous un rocher, à une profondeur de soixante pieds pour arriver à l’endroit le plus élevé de la ville, d’où elle tombe dans un bassin de 60 pieds, taillé dans un seul bloc de granit ; l’eau pénètre dans des réservoirs, garnis d’écluses, qui sont ouverts pour arroser les rues ou en cas d’incendie.

La cathédrale est ancienne, et la voûte est en pierre ; il y a des arabesques en pierre aussi hautes, légères et élégantes que ne peut se vanter d’en posséder aucun édifice moderne, décoré dans le même style.

L’évêque actuel a édifié un grand et beau palais, et son jardin est ce que l’on peut voir de plus beau à Limoges, car il domine un paysage dont la beauté peut difficilement être égalée ; il serait vain d’en donner une description plus développée que celle qui est strictement nécessaire pour pousser les voyageurs à le contempler. Une rivière serpente à travers la vallée, environnée par des collines qui présente l’ensemble le plus gai et le plus animé de villas, de fermes, de vignes, de prairies en pente et de châtaigniers, si harmonieusement mêlés qu’ils composent un tableau vraiment délicieux. [...]

A Limoges, la place d’intendant a été rendue célèbre, parce qu’elle a été occupée par cet ami de l’humanité, Turgot, dont la réputation bien méritée dans cette province l’a placé à la tête des finances françaises, comme on peut le voir dans cet ouvrage aussi véridique qu’élégant, La Vie de Turgot, par le marquis de Condorcet. La réputation que Turgot a laissée ici est considérable. Les superbes routes sur lesquelles nous avons voyagé, à tel point supérieures à toutes celles que j’ai vues en France, comptaient parmi ses bonnes œuvres, une épithète qu’elles méritent bien, car elles n’ont pas été faites par corvées.

Arthur Young, Voyages en France en 1787, 1788 et 1789 (Vu Limoges...)

L’œuvre et le territoire

Cet extrait des Voyages en France d’Arthur Young évoque sa visite à Limoges et en dresse un état des lieux des constructions urbaines. Il décrit ainsi une fontaine, la cathédrale Saint-Étienne, le palais épiscopal et ses jardins, tout en évoquant le lien de l’intendant Turgot à la ville de Limoges.

À propos de Voyages en France en 1787, 1788 et 1789

En 1792, Arthur Young publie en trois volumes le récit des trois voyages qu’il effectue à travers la France entre 1787 et 1789.
Il s’attarde principalement sur la culture, la richesse, les ressources des régions, leurs particularités et leurs activités. Observateur minutieux des techniques agricoles, il l’est également de l’état du réseau routier, des auberges, des mœurs et des mentalités de la société française à l’époque des événements de 1789. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le tableau qu’il dresse des campagnes françaises à la fin de l’Ancien Régime est peu flatteur. Il ne se livre pas proprement à une description du paysage mais s’en rapproche si on le compare à La Fontaine.

C’est en 1787 – à cheval – que le britannique traverse le Limousin. Il commence son périple à Argenton, avant de s’enfoncer dans le Bas-Berry, de traverser Limoges et de continuer vers le Sud.
Arthur Young semble être un des premiers à relater les attraits du paysage limousin. Compris à travers un regard sensible et esthétique, le Limousin dispose d’un potentiel pictural que les artistes n’ont qu’à exploiter. En entrant dans l’ancien comté de la Marche, dont la capitale est Guéret, il remarque d’ailleurs que « Pour faire de ce site un jardin, rien ne manque que de déblayer les décombres ».

Localisation

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