Palissade Vigie

Franck Villemaud, Palissade, Taurnada Éditions, 2014, p. 38-39.

© Taurnada Éditions

Je me levai tant bien que mal et partis coller le pif à la palissade pour tenter de capter la scène entre deux lattes, histoire quand même de vérifier si mon voisin chéri n’avait pas fini empalé sur son gravillon - sans succès, d’où ma décision de contrôler oralement ses fonctions vitales.

« Hé, papi ! T’es vraiment fâché ? »

Un quart de seconde plus tard, j’avais sa tête juste au-dessus de moi, le menton en appui sur la palissade.

"Mais non, mon prince, c’est pour de rire. T’inquiète que si j’étais réellement en colère, tu l’aurais senti bien plus que ça...
— Bon, tant mieux. Dis donc, t’as grandi depuis cinq minutes, non ?
— Hé hé ! C’est ma vigie perso, ça. Des fois, y a les gamins du stade de derrière chez toi qu’envoient leur ballon dans la cour et qui rentrent ici sans demander pour le récupérer - ça me permet de leur en passer une sans faire le tour.
— O.K. Tu m’espionnes pas, hein ?
— Seulement si tu me dis que t’as des choses à cacher, mon prince.
— Ben pas du tout, qu’est-ce que t...
— Oh, on se détend, mon prince ! Je rigole ! Qu’est-ce que tu veux que j’en aie à foutre de ta vie ? Tu crois que la mienne est pas assez trépidante comme ça, dis ?
— Hé hé... Bon, allez, je vais me pieuter, moi. Après une nuit blanche j’aime bien me faire un jour bien noir. On remet ça ?
— Avec plaisir, mon prince. À ce soir alors !
— Ce soir ?
— Ben oui, ce soir. On est des hommes, oui ou oui ?
— Heu... Ouais, bon, O.K.
-- Voilà qu’est parlé ! Et comme je te l’ai déjà dit : t’as juste à prévoir les clopes - pour le reste, j’irai taper cet aprèm dans les stocks de l’épicerie, on aura de quoi survivre quelques belles années de fiesta en amoureux.
— Tu dors jamais ?
— Je dormirai quand je serai mort, avant c’est une perte de temps.
— Ça marche ! Allez bonne nuit, papi ! Enfin bonne journée, plutôt. Enfin, bon courage, quoi...
— Fais de doux rêves, mon prince. Oh attends, file-moi donc un clope pour la route."

Franck Villemaud, Palissade (Vigie)
© Taurnada Éditions

L’œuvre et le territoire

Après une longue nuit bien arrosée, Fred découvre l’existence de cette « vigie », permettant à Roland de voir par dessus la palissade qui sépare leur cour et donc de potentiellement l’observer.

À propos de Palissade

Fred est mort il y a six mois à peu près, une nuit de fin d’été 2014.
Il allait avoir bientôt quarante ans.

[...]

Ah oui ! parce qu’au fait : Fred c’est moi, enfin c’était.
Et pour parvenir à ma fin, j’aurai malgré tout eu besoin d’un peu d’aide, une forme d’assistance technique, on va dire.

En la personne tordue de Roland.

Roland, 52 ans, ancien légionnaire.

Roland, l’ami de ma vie.

Ainsi s’ouvre Palissade, avec ce chapitre 0, qui situe les personnages de ce thriller en huis-clos, se déroulant au 36, rue de Sauviat à Limoges.

Suite à une séparation douloureuse et à un passage en hôpital psychiatrique, Fred s’installe au 36, rue de Sauviat, dans un petit appartement vite meublé, à la terrasse vite équipée elle aussi d’une table et de deux chaises de jardin. Très rapidement, Fred rencontre son voisin, Roland, ancien légionnaire de 52 ans. Fred se reconstruit à travers les soirées passées avec Roland aux sons du rock, à l’issue desquelles la terrasse est jonchée de cadavres de bouteilles et de mégots, ses conquêtes d’une journée, sans guère sortir de chez lui, si ce n’est pour faire quelques courses ou se réapprovisionner en cigarettes.

Le roman, construit en courts chapitres, sous forme de compte à rebours, revient sur les événements conduisant à cette triste fin ; mais de suspicions en certitudes, de rebondissements en révélations, Palissade étonne son lecteur.

Palissade a fait l’objet d’une adaptation théâtrale, du 22 au 25 avril 2015 à l’espace Noriac à Limoges.

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