Viaduc des Rochers Noirs

© Droits réservés
Viaduc des Rochers Noirs
Photo
© DRAC Nouvelle-Aquitaine

L’œuvre et le territoire

Le viaduc des Rochers Noirs constitue le point fort de la ligne du Transcorrézien, le tramway à vapeur reliant Tulle et Ussel et destiné essentiellement à stimuler l’activité forestière et l’élevage dans les communes desservies. La configuration du terrain et la grande profondeur des gorges, 250 m de dénivelé, sont des obstacles majeurs à l’installation d’un pont métallique ordinaire.

La Compagnie des tramways de la Corrèze opte pour un pont suspendu et une étude comparative entraîne l’adoption du système Gisclard. À l’automne 1911 est amorcée la construction de la maçonnerie des piles, suivie par la pose, au sommet, des chariots de dilatation puis par le levage des câbles des fermes de suspension et la constitution du tablier (partie horizontale du pont) à 92 m au-dessus de la rivière Luzège.

Les piliers, dont le parement est en granit, possèdent, au niveau du tablier, une arche suffisamment haute pour permettre le passage d’un train. Le 8 mai 1913, des essais officiels du viaduc sont effectués par passage d’un train d’épreuve. Le 10 mai, le viaduc est officiellement réceptionné et le président de la République, Raymond Poincaré, inaugure cet édifice le 11 septembre 1913.

La caractéristique des ponts suspendus du système Gisclard, nouvelle conception du début du XXe siècle, est de posséder un système de charpente triangulée dont les haubans (assemblage en toron de câbles en acier destiné à soutenir le tablier d’un pont et à répartir les efforts) ne sont pas fixés directement au tablier. Des câbles de liaison (câbles Ordish), ont été installés entre les têtes des pylônes et font office de câbles de suspension pour les haubans, afin d’éviter leur fléchissement. Des câbles obliques, en fils d’acier assemblés à torsions alternatives du système Arnodin, sont attachés dans leur partie supérieure à la tête d’un pylône de suspension et dans leur partie inférieure assurent une triangulation du viaduc par onze points d’appui, divisant ainsi la portée en travées moins importantes.

Cet ouvrage d’art exceptionnel fait partie par son ampleur des plus grands ponts métalliques français de l’époque ; 140 m entièrement suspendus par une charpente rigide composée de câbles. C’est le deuxième pont en France à adopter la technologie d’avant-garde Gisclard, après celui de la Cassagne dans les Pyrénées-Orientales.

Ce viaduc est conservé dans un état quasiment intact depuis sa construction. Sa suspension est celle d’origine, à l’exception des câbles de retenue et de deux haubans qui ont été remplacés. Le tablier d’origine en acier est encore intégralement en place.
Le viaduc est actuellement fermé à la circulation.

Localisation