Souvenirs des guerres de la Révolution et de l’Empire Vers le déclin du jour...

Jean-Pierre Bial, Souvenirs des guerres de la Révolution et de l’Empire rédigés à Leipzig au dépôt des prisonniers 1789-1814, éditions du Ver Luisant, 2001, p. 133.

Vers le déclin du jour, je parvins sur les hauteurs du Puy de Valège, qui domine Collonges, et ce ne fut pas sans émotion que je contemplai le paysage merveilleux qui s’offrait à mes yeux. La petite ville rouge, incendiée par les feux du couchant qui s’effondrait au-delà du Puy de Vézy, semblait plus rouge encore, tandis que son beau clocher roman émergeait gracieusement de la houle des toits. Je sentis alors combien sont puissants et forts les liens mystérieux qui nous attachent au pays natal. J’avais vu, depuis mon départ du Limousin, bien des villes, bien des pays, bien des paysages, aucun n’avait fait vibrer en moi de fibres plus profondes. En cette minute délicieuse, ce fut une évocation de toute mon enfance dans ce cadre riant et familier, dans ce village tapi aux pieds de la chaîne des Puys, tandis qu’au loin dans la plaine moutonnante de noyers, une vapeur bleuâtre indiquait la vallée de la Dordogne.

Jean-Pierre Bial, Souvenirs des guerres de la Révolution et de l’Empire (Vers le déclin du jour...)

L’œuvre et le territoire

Cet extrait nous fait partager l’émotion du soldat qui revient sur ces terres natales et porte un regard ému sur son village de Collonges-la-Rouge, en Corrèze.

À propos de Souvenirs des guerres de la Révolution et de l’Empire

L’auteur incarne une personnalité hors du commun. D’une culture peu banale pour l’époque, cet intrépide officier issu de la Révolution est promis au plus brillant avenir en un temps où tout soldat porte un bâton de maréchal dans sa giberne. Pourtant, refusant toutes les offres de ses supérieurs qui le tiennent en très haute estime, il choisit de vivre toute sa carrière militaire comme officier de troupe, par attachement pour ses soldats que son extraordinaire ascendant fascine.
L’intérêt principal de ce témoignage sans prétention historique est de nous faire vivre sans intermédiaire l’ambiance authentique des événements, ce que le plus brillant des historiens ne peut d’évidence restituer fidèlement.
Dans un style limpide non dénué d’humour, ce héros de légende nous fait sentir comme si on y était le souffle épique des vingt deux années de la geste révolutionnaire puis impériale. Des frontières du nord jusqu’à Moscou, nous vivons aux premières loges les différentes phases de l’Épopée, toujours pertinemment situées dans leur ensemble. Quelques péripéties singulières épicent la narration...

(préface)

Les carnets du Colonel Bial rédigés sur le vif dans le camp de Leipzig au dépôt des prisonniers marque la période de 1789 à 1814 évoquant la Révolution et l’Empire.
Ces mémoires ont été publiées, d’après le manuscrit original, par Gabriel Soulié, Président de la Société archéologique de la Corrèze, aux éditions de la Pensée latine, à Paris, en 1928. L’ouvrage a été réédité en 2001 à Brive.

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