Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin Uzerche

Prosper Mérimée, Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin, H. Fournier (Paris), 1838, p. 123-127.

Sur la route de Limoges à Tulle, je n’ai dû m’arrêter qu’à Uzerche, petite ville d’un aspect extrêmement pittoresque. Plantée au sommet d’une montagne en pain de sucre, elle sépare deux vallées sinueuses, arrosées par la Vézère. Du sommet de la montagne, cette petite rivière perdue au fond de la vallée ne paraît plus qu’un mince ruban blanc qui serpente sur un beau tapis vert. Autrefois l’abbaye d’Uzerche a été puissante, et son église, devenue paroissiale, est encore digne d’attention. Elle occupe précisément le point culminant de la montagne. Sa forme est une croix latine, dont la partie orientale est entourée de cinq absides ou chapelles semicirculaires. Ce plan, l’insignifiance de la nef, la disposition du chœur, seule partie de l’église qui ait gardé son ornementation, m’ont vivement rappelé Saint-Léonard.

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La partie la plus curieuse de l’église, c’est la crypte, dans laquelle on entre aujourd’hui par une porte qui s’ouvre en dehors, au pied de l’abside principale.

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En face de la porte d’entrée, à l’Ouest, on voit au fond de la crypte une niche assez profonde, avec un tombeau sans ornement. Devant la niche est une forte grille en bois. Ce tombeau, me dit le sacristain, est celui de saint Coronat, et il jouit de la propriété de rendre la raison aux fous que l’on y enferme pendant une nuit : la grille en bois sert à cet effet. Mais, ajouta mon guide, toutes les expériences qu’il avait vu tenter n’avaient eu que de mauvais résultats. On ne peut songer, sans un vif sentiment de honte et de tristesse, combien de sottes pratiques aussi dangereuses que celle-là existent encore dans cette France, dont on ose vanter tous les jours l’étonnante civilisation.

Prosper Mérimée, Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin (Uzerche...)

L’œuvre et le territoire

Sur la route de Tulle, Prosper Mérimée s’arrête à Uzerche dont l’église lui rappelle celle de Saint-Léonard ; la crypte retient son attention d’un point de vue architectural mais son « pouvoir » de guérison de la folie le laisse plus que sceptique.

À propos de Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin

Parues en 1838, les Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin sont en fait des extraits d’un rapport adressé au ministre de l’Intérieur par Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques.

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