Tulle, un poinct de fractalité

Huile sur carton, 19 × 19 cm.

© Jean Corrèze , Jean Corrèze
Jean Corrèze, Tulle, un poinct de fractalité
Photo
© Jean Corrèze , Jean Corrèze

L’œuvre et le territoire

L’œuvre ici présentée s’inspire du fameux poinct de Tulle qui se prête à l’observation de l’auto-similarité, l’une des clés de l’art fractal.

À la fin du XVIIe siècle, vers 1665, dans les couvents de femmes de Tulle, on mit en pratique la broderie de la dentelle d’Auvergne, dite torchon. Et l’on en vint à confectionner un réseau léger sur lequel on broda des fleurs et autres sujets de décoration à la main, naturellement, et avec l’aide seulement d’une aiguille, soit un fil de flandre rebrodé. Le poinct de Tulle était né. Par sa finesse, son élégance, la variété de son décor, il s’apparentait aux célèbres poincts d’Alençon et de Venise, avec moins de somptuosité si l’on veut. Paris, la ville et la cour le recherchèrent grâce au concours de quelques tullistes expatriés, comme Étienne Baluze, et de l’évêque de Tulle, l’illustre Mascaron, qui le fit connaître à mademoiselle de Scudéry. Sa fabrication, tout en restant localisée, prit quelque essor. Des couvents, elle passa à des ateliers de famille. Un de ces ateliers a été joliment évoqué par Marcelle Tinayre, dans son roman, La Vie amoureuse de François Barbazange. De ces ateliers, des doigts de fées confectionnèrent, en grossier, en picot et en respectueux, des gants, des poignets, des jabots, des cravates, des mouchoirs, des robes de baptême et de mariage, des tours de cou, des voiles, des rideaux, des housses de sièges, des surtouts de table ; et encore des écharpes, des rochets, des aubes, des surplis, des nappes d’autel, etc. Malheureusement, ces produits ne sont venus jusqu’à nous qu’en de rares échantillons. Mais nous en connaissons assez pour nous faire une idée de cet art charmant et regretter sa disparition.

La Révolution, par l’émigration et l’abolition du culte, et en dédaignant le luxe, porta au poinct de Tulle un coup fatal. Quelques ateliers, dont celui de la veuve Brun et de sa fille, se rouvrirent bien, après la tourmente. Mais, dès 1820, il n’en est plus question. De cet atelier, sortit la superbe écharpe de croix processionnelle des Pénitents blancs qui existe encore à l’église Saint-Jean-Baptiste, à Tulle. La fabrication des dentelles mécaniques, concentrée dans le nord de la France (le nom de Tulle est resté au réseau, et celui de tulliste, à ses ouvriers), l’abandon des dentelles à la main, au cours du siècle dernier, achevèrent de faire oublier le poinct de Tulle.

(J. Ménoire)

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