Philippe Destrem et Jean-Michel Ponty, Très grosse vielle
Photo : Jean-Luc Respaut, MúSIC/Cimp — Musée des instruments de Céret.
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L’œuvre et le territoire

Initialement nommé « vielle contrebasse », cet instrument est une création reprenant et exploitant les caractéristiques et le principe de fonctionnement des vielles traditionnelles. Il doit son autre nom de projet — « vielle 2000 » — à la fois à ses dimensions originales (2000 millimètres, soit deux mètres de long) et à sa fabrication, coïncidant avec le changement de millénaire.

Cet objet unique se réclame de la longue tradition de la vielle à roue, depuis l’organistrum, son ancêtre supposé, attesté au XIe siècle, jusqu’à la vielle multicolore électro-acoustique telle qu’elle peut être employée sur les scènes de musiques actuelles, en passant par l’instrument patrimonial limousin, notoirement usité dans la région par les musiciens traditionnels.

Rapidement rebaptisé « TGV » (« très grosse vielle ») ou encore simplement « vielle géante », l’instrument reprend et exploite donc les caractéristiques et le principe de fonctionnement des vielles traditionnelles. Son ambitus — écart entre la note la plus grave (corde de 1,30 m) et la plus aiguë — est de cinq octaves chromatiques. Deux instrumentistes positionnés côte à côte servent la vielle. L’un joue sur les trois claviers des cordes graves. Le second, qui joue sur le clavier soprano/alto, est en charge de la rythmique caractéristique de la vielle à roue, qu’on nomme « chien ». Le mécanisme de la roue est actionné par un moteur électrique 220 v.

La taille de l’instrument démultiplie ses fonctionnalités et la richesse des sons qu’elle peut produire. Ici les « chiens » (ou chevalets mobiles) sont au nombre de quatre — un seul sur la vielle habituelle — et génèrent des polyrythmies à quatre sons. Les quatre claviers indépendants permettent de produire des accords à cinq sons. Comme pour bon nombre d’instruments à cordes baroques, la présence de onze cordes sympathiques assure à l’instrument des résonances naturelles. Cette configuration crée une polyphonie sans commune mesure avec le son naturel des vielles classiques.

Conçue à Ambazac, la « très grosse vielle » a été inaugurée en 2000 au Centre culturel européen de rencontres de La Borie en Limousin. Saluée par le luthier Étienne Vatelot et le fabricant de vielles à roue Jean-Claude Boudet, la vielle a été jouée en concert plusieurs années, avant d’être exposée au Musée des musiques populaires de Montluçon (MuPop) (où elle a été utilisée comme instrument pédagogique par le Conservatoire à rayonnement départemental de la ville), puis au MúSIC — Musée des instruments de musique de Céret (Pyrénées-Orientales).

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