Y a pas d’bon Dieu Toute l’année...

Jean Anglade, Y a pas d’bon Dieu, Presses de la Cité, 1993, p. 72-73.

© Presses de la Cité, un département de Place des éditeurs, 1993

Toute l’année, les régiments affluaient avec leurs chevaux, leurs fourgons, leur artillerie. Les cavaliers résidaient au camp de Grattadour, les fantassins à celui de La Ganne, sous des tentes ou dans des casernes en dur. Au-delà de la cité militaire, ils disposaient de vastes terrains de manœuvre, limités à l’ouest par la voie ferrée Ussel-Felletin, mais très étendus à l’est et au nord. Ils englobaient de nombreux hameaux comme Saint-Oradoux-de-Chirouze, Sarcenoux, Mendrin, Le Grand-Breuil, Plafait, Soudeix ; des collines, des vallées, des forêts, des ruisseaux, des étangs, des moulins.

Les exercices se déroulaient par tous les temps, car il fallait habituer les troupes à la dure. Les jeunes soldats rampaient, sautaient, couraient, prenaient d’assaut l’ennemi invisible, l’embrochaient à la baïonnette malgré sa résistance. Persuadés, comme l’affirmait un ministre de la Guerre, que « la balle est stupide, mais la baïonnette intelligente ». Quelquefois, ils avançaient courbés sous des tirs réels qui, en sifflant, leur rasaient le képi. Naturellement, ils obtenaient toujours la victoire et ramenaient un troupeau de prisonniers démoralisés. Les populations étaient empêchées de pénétrer sur les terrains de tir par des écriteaux et des sentinelles.

Du bourg, l’on entendait le bruit de ces mitraillades. Et aussi, certains jours, les claquements secs d’un canon nouveau, le 75 ; il lançait des obus pas plus gros que des chopines, mais terriblement destructeurs. L’air sentait la poudre. Au retour de ces manœuvres, dans les cent cafés, aux salons de coiffure, les officiers, galonnés de trèfles jusqu’aux coudes, frétillaient d’aise [...]

Jean Anglade, Y a pas d’bon Dieu (Toute l’année...)
© Presses de la Cité, un département de Place des éditeurs, 1993

L’œuvre et le territoire

L’auteur décrit brièvement les camps de La Courtine et la vie qui s’y mène, au début du XXe siècle.

À propos de Y a pas d’bon Dieu

Ce roman, qui se veut inspiré de faits historiques, raconte l’histoire de Jeanne, enfant trouvée, recueillie par un curé du plateau de Millevaches, qui devient servante dans un hôtel de Sornac, en Corrèze. Un jour, un coiffeur de La Courtine la demande en mariage, sans que cela suscite son enthousiasme...

Elle se dégagea et le quitta, lui lançant un regard soupçonneux. Elle se demanda s’il ne méditait pas de l’embaucher dans sa boutique, à La Courtine, qui avait mauvaise réputation à cause d’un dicton : Qui va à La Courtine, mal y dîne.

Jean Anglade, Y a pas d’bon Dieu, Presses de la Cité, 1993, p. 53.

Sans illusions, elle accepte sa proposition et part pour ce vieux petit bourg. C’est à cette époque que de nombreux soldats russes, échauffés par la Révolution bolchévique dont on craint voir les idéaux prospérer parmi l’armée française, sont éloignés du front et envoyés en Creuse. Le destin de Jeanne rencontre alors celui d’un des meneurs de la mutinerie de la Courtine.

Dans son récit documenté de l’événement, le journaliste Pierre Poitevin évoque cette histoire :

Avec les derniers mutins, leur chef Globa est arrêté par trois lanciers loyalistes, loin du camp, sur la route de Saint-Setiers, alors qu’il tentait de s’enfuir avec quelques autres membres du Soviet. Sous bonne escorte, il est conduit à La Courtine, en passant par Sornac. Il n’opposa pas de résistance. Mais quelle ne fut pas la surprise des personnes présentes de voir dans la petite troupe des prisonniers une femme française. Cette dernière, bien connue à La Courtine, était mariée et son mari combattait sur le front. Dès avant la bataille, elle avait été rejoindre Globa dans le camp et elle partageait sa vie. Lorsque le meneur fut pris, en arrivant à La Courtine, par un chemin dérobé, elle regagna son domicile.

Pierre Poitevin, La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France, Payot, 1938, p. 157.

Localisation

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