Y a pas d’bon Dieu Tous les habitants de La Courtine...

Jean Anglade, Y a pas d’bon Dieu, Presses de la Cité, 1993, p. 172.

© Presses de la Cité, un département de Place des éditeurs, 1993

Tous les habitants de La Courtine connaissaient l’existence à Saint-Denis, de l’autre côté de la voie ferrée, entre la Liège et le puy des Salles, d’une vieille femme, la Charpaude, qu’on disait munie de pouvoirs surnaturels. Elle était en mesure de jeter des sorts, ou bien au contraire d’en délivrer ; de provoquer des incendies, des accidents ; de tarir le lait des vaches ; de guérir du haut mal ; de faire aimer ou désaimer. Jeanne résolut d’avoir recours à ses soins.

[...]

Elle partit en uniforme. A l’entrée du village, on lui désigna la maison fleurie de roses où vivait la sorcière. Elle la trouva dans le jardin, le derrière en l’air, occupée à cueillir des haricots. C’était une grande femme osseuse, un peu voûtée, au visage chevalin. Grossis par les verres de ses lunettes, ses yeux paraissaient énormes. Elle effrayait les enfants. On les en menaçait dans Saint-Denis :
— Mange ta soupe, ou j’appelle la Charpaude !

Jean Anglade, Y a pas d’bon Dieu (Tous les habitants de La Courtine...)
© Presses de la Cité, un département de Place des éditeurs, 1993

L’œuvre et le territoire

Jeanne consulte la Charpaude, que l’on dit dotée de dons surnaturels, convaincue par le pouvoir de « faire désaimer » dont elle souhaite pouvoir bénéficier pour se défaire de cet amour interdit.

À propos de Y a pas d’bon Dieu

Ce roman, qui se veut inspiré de faits historiques, raconte l’histoire de Jeanne, enfant trouvée, recueillie par un curé du plateau de Millevaches, qui devient servante dans un hôtel de Sornac, en Corrèze. Un jour, un coiffeur de La Courtine la demande en mariage, sans que cela suscite son enthousiasme...

Elle se dégagea et le quitta, lui lançant un regard soupçonneux. Elle se demanda s’il ne méditait pas de l’embaucher dans sa boutique, à La Courtine, qui avait mauvaise réputation à cause d’un dicton : Qui va à La Courtine, mal y dîne.

Jean Anglade, Y a pas d’bon Dieu, Presses de la Cité, 1993, p. 53.

Sans illusions, elle accepte sa proposition et part pour ce vieux petit bourg. C’est à cette époque que de nombreux soldats russes, échauffés par la Révolution bolchévique dont on craint voir les idéaux prospérer parmi l’armée française, sont éloignés du front et envoyés en Creuse. Le destin de Jeanne rencontre alors celui d’un des meneurs de la mutinerie de la Courtine.

Dans son récit documenté de l’événement, le journaliste Pierre Poitevin évoque cette histoire :

Avec les derniers mutins, leur chef Globa est arrêté par trois lanciers loyalistes, loin du camp, sur la route de Saint-Setiers, alors qu’il tentait de s’enfuir avec quelques autres membres du Soviet. Sous bonne escorte, il est conduit à La Courtine, en passant par Sornac. Il n’opposa pas de résistance. Mais quelle ne fut pas la surprise des personnes présentes de voir dans la petite troupe des prisonniers une femme française. Cette dernière, bien connue à La Courtine, était mariée et son mari combattait sur le front. Dès avant la bataille, elle avait été rejoindre Globa dans le camp et elle partageait sa vie. Lorsque le meneur fut pris, en arrivant à La Courtine, par un chemin dérobé, elle regagna son domicile.

Pierre Poitevin, La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France, Payot, 1938, p. 157.

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