Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois, Tapis-porte
Maquette : Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois.
© Droits réservés
© Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson

L’œuvre et le territoire

Avec leur projet Toute personne 2, Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois ont obtenu le troisième prix de l’appel à création 2012 de la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson, sur le thème « Mobilier design en Aubusson ».

Ce projet allie trois dimensions de la tapisserie d’Aubusson : la tapisserie murale, la tapisserie d’ameublement (dans l’esprit d’une portière) et le tapis.
Il s’agit en fait d’un tapis posé au sol, et dans lequel une découpe en U permet d’en relever une partie qui, dressée, fait apparaître une porte.
Au dos de la porte, l’envers de la tapisserie est également pensé en termes graphiques, et fait ainsi partie intégrante de l’œuvre. Les fils de trame de l’envers du tissage sont laissés suffisamment longs pour être noués en pompons réguliers. Environ soixante-dix couleurs ont été nécessaires à la réalisation de cette tapisserie aux motifs calligraphiques complexes qui a été tissée à Felletin, au sein de l’atelier Catherine Bernet (2016).

Les deux artistes ont puisé leur inspiration dans le Salon de la guerre de Robert Bonfils illustrant la victoire des alliés à l’issue de la Première Guerre mondiale, exposé au cours de « Expo 1925 » au Musée de la tapisserie d’Aubusson, en 2012. De là, ils ont mené une réflexion sur la guerre, la paix, la notion de frontière et la représentation du dialogue. Le Tapis-porte met en exergue la double nature de la frontière, ligne de séparation déclarée par les États et zone d’échanges investie par les individus.

(Cité internationale de la tapisserie)

Les deux artistes se sont également appuyés sur l’étymologie commune des mots « texte » et « tissu » signifiant tresser, tisser, tramer. Ils ont donc choisi de représenter une multitude d’écritures en cohérence avec le symbolisme de la guerre et de la frontière. La conception de l’œuvre a été guidée par la matérialité des lettres, uniquement utilisées comme signifiants du langage et non comme porteurs d’un message. Ainsi, les alphabets du monde entier se croisent, se côtoient, se mêlent, se métissent, s’inventent et coexistent jusqu’à l’effacement de l’écriture, visible de près mais qui laisse place à un graphisme dense de loin, jusqu’à former un paysage, un territoire partagé.

À propos de Appels à création

En 2010, le musée de la tapisserie d’Aubusson intégrait la Cité internationale de la tapisserie. Une mission se fait alors clairement jour : rapprocher la tapisserie de l’art d’aujourd’hui.

Ainsi, un appel à projets est lancé chaque année sur un thème particulier afin de retenir des œuvres qui sont destinées à être tissées selon les techniques de la tapisserie d’Aubusson reconnues par l’UNESCO. Un premier jury composé de professionnels de l’art est chargé de sélectionner les meilleures maquettes et les démarches les plus innovantes. Un autre jury présente l’artiste retenu et son projet aux ateliers de tapisserie intéressés, examine ensuite les différents échantillons tissés par ces ateliers et choisit la meilleure proposition — celle qui saura user de la technique au mieux pour valoriser le style et l’invention de l’artiste.
Les tapisseries et leurs maquettes intègrent la collection de la Cité internationale de la tapisserie, ainsi dotée de pièces contemporaines de haut niveau.

Chaque artiste sélectionné s’engage à « explorer » Aubusson, ses ateliers, à visiter ses lissiers et teinturiers, mais aussi à se plonger dans l’histoire assez extraordinaire de la longue activité de ce lieu de production.
Il est également convenu que, une fois le projet mis en route, les artistes aient de nombreux échanges avec « leur » lissier et suivent sur place l’avancée du tissage jusqu’à la tombée de métier.

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