La Femme aux manières de chat – Sur le drapeau français...

Laurence Jardy, La Femme aux manières de chat, La Geste, 2017, p. 64-65.

© La Geste

– Sur le drapeau français, y a que le bleu qui se boit pas.

Jojo venait de payer sa troisième tournée de blancs secs à sa bande de potes. Jojo rencontrait toujours ses potes au Balto, un PMU situé juste en face du rond-point où on avait placé la sculpture de la collégiale. Ce qui faisait dire aux habitués que se vandaliser le palais n’empêchait pas d’apprécier les œuvres d’art. Le pauvre Jojo n’avait pas pu supporter les infidélités de sa femme. Depuis le jour où il l’avait retrouvée la jupe retroussée et la culotte pendouillant à une cheville en train de se faire prendre sur la table de la cuisine par le voisin d’en face, il avait fait nuit noire dans sa vie. Comme un chien pris en faute, il avait alors redouté d’entrer à l’improviste dans leur appartement. Et puis, redouté tout court. Le Balto était devenu sa seconde maison. Peuplée de cocus qui, à force de lever le coude, ne savaient plus faire la différence entre la cause et la conséquence. Je bois parce que je suis cocu. Je suis cocu parce que je bois. Tout s’était à force brouillé dans leur tête et le comptoir du Balto avait pris des contours beaucoup plus intéressants que l’arrière-train de leurs épouses.

Laurence Jardy, La Femme aux manières de chat (– Sur le drapeau français...)
© La Geste

L’œuvre et le territoire

Alexis Arkhipov, tout comme Jojo, se rend régulièrement au Balto (dont le vrai nom est Le Marigny) pour tromper l’ennui et noyer son chagrin dans le blanc sec.

Au Balto, les mots filaient. Ça rebondissait contre les verres. Le temps s’arrêtait. On pouvait enfin redessiner les contours de sa vie. À rebours. Et s’imaginer de nouveau beau, de nouveau jeune. Avec une vraie femme à ses côtés. Amoureuse.

Mais le 6 mars 2015 Jojo ne rêve pas à une vie meilleure, il a réellement quelque chose d’extraordinaire à raconter à Alexis. C’est lui qui a découvert le corps de Maud au pied de la collégiale.

À propos de La Femme aux manières de chat

Dans ce deuxième roman, qui peut être lu comme la suite de Vent d’Est sur la collégiale mais également indépendamment, on retrouve Alexis Arkhipov, capitaine de gendarmerie à Saint-Léonard-de-Noblat, le jour où son amante est retrouvée morte au pied de la collégiale. Le thèse du suicide est rapidement exclue et les pistes divergent, conduisant Alexis à enquêter aussi bien au sein de l’Éducation nationale que dans le milieu des médecines alternatives.

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