Spleen en Corrèze

Denis Tillinac, Spleen en Corrèze, La Table Ronde, « La petite vermillon », 1997.

4 œuvres

L’œuvre et le territoire

Le soir je hantais les bars pour distraire ma solitude. Elle m’attendait entre les quatre murs de ma chambre. Alors, j’écrivais en écoutant Elvis qui n’était pas mort. Les nuits sont longues en province. Ma plume dessinait sur le blanc d’un cahier de brouillon la valse grise des émotions qui meublent les jours d’un localier, et quelques fois le submergent. C’était une manière de journal intime, une humble brocante où des bonheurs sans suite côtoyaient des désenchantements, des exaspérations vaines, des accès de rage métaphysique. Elvis chantait For the Good Times, la pluie tombait, la ville dormait. Elle avait le sommeil lourd.

Denis Tillinac, Spleen en Corrèze, La Table Ronde, « La petite vermillon », 1997, p. 16-17.

Spleen en Corrèze, publié initialement en 1979, constitue d’une certaine façon le journal de bord de Denis Tillinac, journal organisé autour des quatre saisons d’un journaliste-localier basé à Tulle, couvrant autant les commémorations officielles avec dépôt de gerbes que les concours de bridge ou de belotes, les faits divers ou les soirées électorales...

J’exerçais le métier de localier à l’enseigne de La Dépêche du Midi, le journal toulousain des radsocs et des francs-maçons, deux espèces en voie de disparition.

Denis Tillinac, Spleen en Corrèze, La Table Ronde, « La petite vermillon », 1997, p. 13.

Denis Tillinac se fait acerbe, cynique, désabusé... aussi bien quant à la ville de Tulle que des habitants et hommes politiques de la Corrèze :

J’en savais trop pour n’être pas incrédule.

Ce qu’on croit imputable à la médiocrité provinciale est à inscrire au débit de la nature humaine.

Cependant, le plateau de Millevaches, où une maison familiale l’accueille de temps, lui permet un certain ressourcement, de gagner en sérénité et d’exprimer son amour pour ce pays-là :

Corrèze que j’aime : désolée et frileuse, fondue dans ses gris...

Un soleil de commencement du monde étalait une blancheur floue sur le plateau. Ciel clair ; ligne brisée et sombre des sapinières...

Retour d’Ussel en fin d’après-midi. Ciel rare ; longs nuages floconneux. Bleu très pâle, laiteux. Vert sombre des collines. Du rose à l’horizon. Tout cela léger, psalmodiant.