Comme tout un chacun, le Limousin s’est ménagé quelques belvédères pour le rêve. Endroits conçus pour y capter les arômes échappés d’un sud astral, de causses brûlants, de deux mers à inventer. Ventador Ventador ! Sur la rive droite de la Dordogne, Argentat est l’une de ces secrètes terrasses tournées vers l’ailleurs, tellement les lauzes épaisses et sombres pèsent sur les têtes. Le rêve, moteur de l’invention !

Argentat, premier nom donné à ces cour-pets que les gabarriers chargeaient avec soin avant de les guider pour leur unique voyage impulsé par le courant du fleuve. Un aller simple et, la mission achevée, le bois des embarcations était trivialement, débité pour le chauffage. Destin Unique, comme celui de nos satellites.

N’y voyez pas une simple pièce du jeu mercantile comblant la demande des tonneliers et vignerons de Bergerac et de Libourne. Non, ce qui était placé en orbite, ce qui illuminait les feux de cheminée pour qui savait les déchiffrer, c’était d’abord la victoire de l’esprit : comment de frustes charpentiers corréziens avaient su appréhender leur environnement pour devenir de parfaits architectes navals.

Philippe Biget, Le Jardin Limousin (Argentat)
© Alain Benoît éditions