5 juin. — Le pays croît beaucoup en beauté ; traversé une vallée, où une chaussée retient l’eau d’un petit ruisseau et l’épanouit en un lac, ce qui forme un délicieux paysage. Ses rives ondulées et bordées de bois sont charmantes ; les collines, des deux côtés, sont à l’unisson ; ce terrain couvert de bruyères, l’œil prophétique du goût pourrait le transformer en une pelouse. Pour faire de ce site un jardin, rien ne manque que de déblayer les décombres.

L’aspect général du pays, pendant 16 milles, est de beaucoup le plus beau que j’aie vu en France : de nombreuses clôtures et beaucoup de bois ; le feuillage ombreux des châtaigniers donne la même charmante verdure aux collines, que les prairies irriguées (vues aujourd’hui pour la première fois), aux vallées. Au loin, des chaînes de montagnes se forment en fond du tableau et donnent de l’intérêt à tout le paysage. La descente, qui nous mène à Bassines [Bessines] , offre une vue splendide et à l’approche du bourg, c’est un groupement singulier de rochers, de bois et d’eau. En nous rendant à Limoges, nous traversons un autre lac artificiel, entre des collines cultivées, au-dessus, sont des collines plus sauvages, mais mêlées de vallées plaisantes ; encore un lac, mais plus beau que le premier, avec une ceinture de bois et d’eau. Traversé une montagne, avec un taillis de châtaigniers, d’où l’on a une perspective, comme je n’en ai jamais vu en France ou en Angleterre : une succession de collines et de vallées, toutes couvertes de bois et bornées par des montagnes. Pas trace d’habitation humaine ; pas de village, ni maison, ni hutte, pas une même fumée, révélant un pays habité ; un paysage américain, assez sauvage pour qu’on imagine y rencontrer le tomahawk de l’Indien.

Arthur Young, Voyages en France en 1787, 1788 et 1789 (Le pays croît...)