— Regarde à gauche, intervint Dumontel, tu vois la magnifique bâtisse ? C’était le lycée Giraudoux, j’y suis resté un an.
— Ça a l’air chouette, mais pourquoi « Giraudoux » ?
— Je vois qu’on ne fait pas non plus dans la culture à l’école de police ! T’as jamais entendu parler de Jean Giraudoux ? !
— Bien sûr que si ! Je me souviens, c’était en classe de première, pour le bac de français. Mais pourquoi votre ancien bahut s’appelait-il Giraudoux ?
— Le grand écrivain est né ici, figure-toi, à Bellac ! En 1882. C’était un grand humaniste, mais son théâtre est un peu chiant. T’as jamais vu Amphitryon ? Il a même écrit L’Apollon de Bellac. Si tu veux enrichir ta culture, va au festival de Bellac, il commence dans quelques jours. Ils programment toujours une pièce de Giraudoux.

Dumontel avait réussi à se faufiler jusqu’au car­refour du centre-ville et lentement forçait le passage, obligeant les poids lourds qui profitaient du feu vert à s’arrêter net.

« Ceux qui ne voient que l’amour dans le monde sont aussi bêtes que ceux qui ne le voient pas. » Dumontel avait prononcé cette phrase comme un tragédien inspiré.
— Pourquoi vous me dites ça ? s’enquit, surpris, son jeune collègue.
— C’est du Giraudoux, dans La Guerre de Troie n’aura pas lieu.
— Alors, vous avez habité à Bellac ?
— Non, j’ai vécu à La Motte, un hameau à quinze bornes de là.

Franck Linol, La Cinquième Victime (Regarde à gauche...)
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