J’ai toujours eu besoin d’entendre battre le cœur des villes. Après Paris, je voulais, à Limoges, un bel endroit à vivre. À l’angle inférieur de la place de la Motte, dans le vieil immeuble (classé au patrimoine, Madame !) sis au 4, là où la librairie Page et Plume occupe le rez-de-chaussée, on est – au troisième étage – président de l’univers, rien moins ! Surplombant l’agora, on voit de sa fenêtre (le) tout Limoges venir à soi : descendre depuis Othon-Péconnet et Darnet, « forcer le plat » au sortir d’Adrien-Dubouché ou reprendre son souffle depuis le haut de la rue du Clocher. Et tout ce qui se fait de bien en termes de piétons passe de la sorte sous vos pieds. En tout cas, l’endroit est une véritable croisée des chemins. De là, on peut ainsi aller à droite vers Périgueux en filant par la rue Gondinet et poursuivant vers Beaupeyrat. On peut, tout droit, descendre vers la rivière en se glissant place des Bancs, courir, prendre un bon élan rue Haute-Vienne et s’assurer par son saut d’une avancée déjà confortable vers Clermont-Ferrand ou Saint-Léonard-de-Noblat.
Enfin, posté au même endroit, aidé par le jeu des résonances entre façades, alcoolisé plus qu’il ne faudrait, en vociférant seul ou à plusieurs en milieu ou fin de nuit, on peut, fastoche, réveiller un Maurice Reverdy endormi en son appartement aux fenêtres déglinguées et perméables, hélas, à toute source sonore extérieure. Ah… le bel endroit que celui-ci ! Aujourd’hui cependant, après dix ans de loyaux sévices, le beau daim a abandonné la place.

Maurice Reverdy, Halles
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