Crozant, village perché, occupe le sommet d’un relief sculpté à l’est par la Sédelle, à l’ouest par la Creuse. Au confluent se dressent les tours en ruine d’une forteresse où l’on prétend que logeaient dix mille hommes armés au XIIe siècle. Sur quel principe d’urbanisme militaire s’étaient-ils entassés ? Aujourd’hui, l’éperon rocheux ne logerait pas les quatre cents âmes de toute la commune.

Les flancs abrupts de granit accueillent les bruyères et le genêt purgatif en coussins argentés, espèce méridionale qui trouve là sa limite d’expansion vers le nord. Sur le versant opposé au village, le rocher de la Fileuse surplombe la rivière. Les jeunes filles concouraient au filage de la laine : la première dont le fil atteignait la rivière choisissait son fiancé. Telle est la légende, trace d’un temps où le peuple occupait les champs, où les plantes avaient un nom d’usage, où le petit patois réglait les échanges de toute la société.

Gilles Clément, Le Salon des berces (Crozant...)
© Robert Laffont