Elle se précipita place Denis-Dussoubs, dans l’espoir d’y trouver un peu de lumière,quelqu’un, une patrouille, un groupe de noctambules. Personne : seule la grande statue de métal l’attendait dans l’obscurité de la place ronde. Pas une lueur ne filtrait des volets et, à près de minuit, il était encore trop tôt pour que les marchands ambulants entrent dans la ville y installer leurs étals. Elle était seule et déjà des pas ferrés résonnaient derrière elle. Clopinant sur ses bottines vernies, le thorax atrocement serré par les baleines de sa lingerie, elle tentait de retrouver son souffle pour avancer dix mètres, puis dix autres. L’entrée sombre d’une rue descendante surgit devant elle. Avec l’espoir d’échapper à l’attention de son agresseur, elle s’y engouffra. La rue des Combes, une venelle étroite et insalubre, menait tout droit au quartier du Viraclaud ou tout au moins à ce qu’il en restait. Manquant dix fois de trébucher sur les pavés irréguliers, elle courut dans cette direction : là-bas les cachettes ne manquaient pas. Au bruit, Raoul ne courait plus aussi vite : il devait la chercher dans l’obscurité. L’espoir revenait et soudain, son cœur bondit de joie : là-bas brillait une lumière… Depuis l’expropriation des différents propriétaires, on avait entrepris les travaux de terrassement de l’endroit où s’élèverait la future préfecture. Compte tenu de la vétusté des maisons en cours de destruction et de tout ce que représentait le quartier autrefois, la municipalité avait clos le chantier d’une barrière en bois et un vigile la surveillait toute la nuit. Augustine se précipita dans la cabane.

Nicolas Bouchard, La Ville noire (Elle se précipita place Denis-Dussoubs...)
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