C’était le lendemain de Noël. Enfoncé dans une encoignure, la silhouette sombre surveillait la petite maison de la rue de Babylone depuis près de trois heures déjà. La nuit tombait lentement sur ce quartier populeux, habité par les ouvriers des manufactures avoisinantes, les nautoniers du port de Naveix et les lavandières du pont Saint-Etienne : gens rudes, au caractère affirmé, s’exprimant dans un dialecte différent de celui parlé en Limousin et connus sous le nom de Ponticauds. Il n’y avait là que des alignements de petites baraques misérables, quelques constructions moyenâgeuses sur les bords de la Vienne et, parfois, une maison un peu plus importante mais qui n’avait rien à voir avec les hôtels particuliers de la rue Beaupeyrat ou du square des Émailleurs. Elles étaient occupées le plus souvent par des contremaîtres. Celle que surveillait l’inconnu paraissait confortable et bien entretenue quoique sans prétention.

Nicolas Bouchard, Et le ciel s’embrasera (C’était le lendemain de Noël...)
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