Le 15 de chaque mois, c’était la foire, la seule activité économique qui attirât à Oradour une foule de personnes étrangères au bourg. Très tôt le matin, les fermiers des environs arrivaient à pied avec leur cortège bruyant d’animaux à négocier. Le Champ de Foire était réservé aux bovins qui apparaissaient les uns après les autres dans la lumière blafarde de l’aube. Durant la vente, les bêtes étaient attachées à des barres métalliques. Les marchands d’ovins et de porcins se retrouvaient sur la petite place devant l’église. Ces rassemblements hauts en couleurs et en éclats de voix représentaient pour beaucoup la seule occasion de sortir des fermes. Les enfants n’avaient pas classe ce jour-là et, le plus souvent, ceux des hameaux accompagnaient leurs parents. Il y avait aussi tous les forains. Les marchandises les plus diverses se côtoyaient, composant des étals bigarrés. Les négociations et les conversations allaient bon train entre fermiers et maquignons qui, l’affaire conclue, topaient, selon la coutume. L’acquéreur tirait alors de sa poche une paire de ciseaux pour porter sa marque sur le pelage de l’animal. Les acheteurs étaient vêtus de la traditionnelle blouse trois-quart, coiffés d’un chapeau jeté à l’arrière. Un léger gonflement sur la poitrine trahissait la place du portefeuille. Selon une règle que tous respectaient, le maquignon était tenu de payer le jour-même.

André Désourteaux, Robert Hébras, Oradour-sur-Glane : Notre village assassiné (Le 15 de chaque mois...)
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