Après la place de l’église, nous descendîmes à la Glane par la route Napoléon. Avant la construction du pont, ce n’était qu’un chemin que les voyageurs empruntaient pour traverser à gué la rivière. Juste avant celle-ci, sur notre gauche, se dressait une imposante bâtisse de style limousin, dans son cadre de verdure. Mme Desroches, assise sur une chaise, cousait à l’ombre fraîche d’un arbre gigantesque. Son mari jardinait. Derrière elle, la lourde et sombre silhouette du moulin, seulement utilisé en automne pour la fabrication du cidre, s’harmonisait divinement avec la limpidité cristalline de l’eau. Nous franchîmes la passerelle pour gagner l’îlot, notre coin de pêche préféré. À cet endroit, la Glane s’élargit dans une courbe franche au milieu de laquelle une petite langue de terre ombragée par de grands arbres centenaires appelait au farniente.

André Désourteaux, Robert Hébras, Oradour-sur-Glane : Notre village assassiné (Après la place de l’église...)
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