C’est cette même année 1836, que je commençai à me faire des amis politiques dans notre ville de Bourganeuf. Émile de Girardin, notre député, venait de tuer en duel, Armand Carel. On le faisait passer pour un bâtard de Louis-Philippe.

Grâce à la crânerie de son caractère, il s’était formé autour de lui un petit clan d’ambitieux et d’intrigants qui s’imaginaient qu’avec un protecteur pareil, ayant la main si longue, tous leurs désirs devaient s’accomplir. Mais la domination de cet homme de courage et de talent qui fut aussi sincère dans ses amitiés que tenace dans ses haines n’en fut pas moins un événement plus heureux que malheureux pour nos localités. Les anciens bourgeois de notre arrondissement, sorte de vieux chevaux de manège, habitués à la servitude politique et à une obéissance passive, sous n’importe quel gouvernement, trouvèrent dans Girardin, un homme de taille à les effacer et à les dominer. Ce furent ces premières luttes politiques qui ouvrirent dans notre arrondissement la voie du progrès, et firent naître chez beaucoup le désir d’agir en hommes indépendants et libres.

Martin Nadaud, Les Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon (C’est cette même année 1836)