C’est seulement en 1808 que la baraque des chiffonniers fut transformée par mon grand-père et mon père.

Ce dernier m’en a donné souvent la description ; elle nous fait assez bien connaître l’état des paysans pour que je n’y consacre pas quelques lignes. La porte d’entrée existe encore dans son état primitif ; tout passait par cette ouverture : les personnes et les animaux ; ces derniers tournaient à gauche ; une simple cloison les séparait de la pièce qui servait de chambre à coucher et de cuisine à la famille qui, pêle-mêle, couchait sur de misérables grabats.

Mais ce n’était pas là le plus grand des inconvénients ; on faisait la pâture des bestiaux sur le lambris que recouvrait un plancher disjoint de la chambre d’habitation. Il en résultait que les graines de foin, des brins de paille tombaient à chaque instant sur la table où on prenait les repas.

Cette situation faite à ma famille, indique à n’en pas douter, l’état général de nos populations, il y a un peu plus de cent ans.

Martin Nadaud, Les Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon (C’est seulement en 1808)