Elle se dressait près de notre maison, très haut. Elle était ronde, bâtie de gros blocs mal taillés et couleur de cette rouille des machines agricoles que le charron laissait pourrir dans les orties, au pied des ruines.
Plus gris et de plus petites pierres parce qu’on l’avait réparé, le sommet oscillait sous les nuages quand je me hasardais à le contempler. Deux meurtrières, l’une prolongée par une lézarde, bavaient un peu de l’ombre si noire que devait contenir la tour. Dans un pan de mur un vitrail de ciel, découpé par une ogive, s’efforçait en vain d’atténuer la cruelle grandeur du donjon.
Il écrasait le bas-village aux masures de torchis, aux rues étroites, et tordues par les zigzags affairés de vieillards de très petite taille dont les visages reflétaient tous, par la pâleur où se confondaient le nez, les lèvres et les yeux, la même présence d’un vide.(...)

Georges-Emmanuel Clancier, Quadrille sur la tour (Elle se dressait...)
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