Ce qui, par-dessus tout, donnait son prix à notre modeste domaine, c’était de se tenir en face de l’Observatoire. On appelait ainsi un long édifice vétuste qui s’étendait en retrait de la rue, au fond d’un parc en terrasses. Un original l’avait fait construire au siècle dernier, presque au sommet de la colline, alors au milieu des prés et des vergers.
Une galerie boisée précédait le rez-de-chaussée et, montée sur pilotis, une tour carrée à trois étages flanquait le corps de logis. Tout en haut courait le balcon de bois protégeant une plate-forme où se dressaient des appareils grêles : girouettes, pluviomètres, paratonnerre, anémomètres, arsenal désuet et rouillé. Là, sans doute, un astronome devait monter, aux nuits de juin, et, lunette à la main, scruter la lune et les étoiles. Du moins l’imaginions-nous ainsi. Ma sœur le décrivait même barbu, sourcilleux, vêtu d’une houppelande, un bonnet de fourrure sur le crâne. Près du portail qui commandait l’enclos à l’abandon, une plaque rappelait, en lettres dont l’or s’effaçait : « Jacques Garou (1832-1910) fit construire cet Observatoire. Il y étudia le régime hydrographique de la province. On lui doit le reboisement de la Montagne. »
« Peut-être, chuchotait ma cadette, peut-être le loup-garou revient la nuit sur sa tour. Souvent, je me lève, je vais à la fenêtre, je guette à travers les persiennes. J’arriverai bien à le surprendre : je crierai, je crierai ! De peur, il laissera tomber sa lunette, il s’envolera dans les nuages. »

Georges-Emmanuel Clancier, L’Éternité plus un jour (L’Observatoire...)
© Robert Laffont