Le grand-père Adolphe n’était pas aussi radical dans ses adjonctions de fumures ; il est vrai que la maison était loin et qu’il devait se contenter des collectes d’une pauvre cabane de jardin agrippée à la roche et dangereusement inclinée vers le vide. Cette construction vouée à l’abîme produisait une sensation d’éphémère ou de provisoire négligé. Ici, la parenthèse méditative, lorsqu’on occupait d’extrême urgence les lieux, se réduisait à quelque conception bâclée des finalités de l’existence. Pourtant la cabane tint bon et résista à la déclaration de guerre, au passage des Panzers, des SS, au bombardement anglais, à la proximité du train à vapeur qui prenait à quelques mètres un audacieux virage derrière le jardin, juste avant le tunnel, ou après lui, selon qu’il en sortait ou y pénétrait. Ce train noir, nerveux, cheval à roues comme on l’a dit tant de fois, transformait sur son passage l’échelle colorée du paysage, la rabattait vers celle des valeurs, la mettait alors au blanc et noir comme dans un vieux film, d’autant que la vapeur blanche effaçait d’un mouvement circulaire le paysage lui-même.

Henri Cueco, Le Volcan (Le grand-père Adolphe...)
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