Les cloches de la collégiale sonnaient. Graves, régulières, on eût dit qu’elles frappaient de leur poing d’acier la porte de chaque miaulétou. Un crachin glacial avait succédé aux fortes pluies orageuses du début de soirée et les choucas venaient s’ébattre au cœur du clocher de l’église que la municipalité avait décidé de laisser éclairé jusqu’à minuit. Un pèlerin égaré sur les routes avoisinantes pouvait aisément se repérer grâce à ce géant de granit qui dominait depuis un millénaire les ruelles du bourg. Le village de Saint-Léonard-de-Noblat avait conservé la même topologie depuis le Moyen Âge et les riverains connaissaient les raccourcis qui permettaient d’aller plus vite pour aller acheter son steak ou éviter certaines personnes devenues infréquentables. Même les venelles, cauchemar des artisans, avaient été conservées. Ces petites rues très courtes reliant deux autres rues plus importantes avaient cependant été condamnées pour la plupart d’entre elles, et, si on ne souhaitait pas y voir courir les rats, il était de bon ton d’en vérifier régulièrement les canalisations qu’on y avait installées. La maison-bateau avait sa venelle ou plutôt une venelle parce que la législation en cours ne permettait pas encore de savoir si elle appartenait à la commune ou aux propriétaires des maisons qui l’encadraient. En tout cas, seuls les Jovière y avaient accès. Une lourde porte en chêne datant de plusieurs siècles permettait de s’y faufiler du rez-de-chaussée. Mais il fallait être costaud pour la décadenasser ou bien avoir une bonne dose de motivation !

Laurence Jardy, Vent d’Est sur la collégiale (Les cloches de la collégiale...)
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