Elle ne tarda pas à atteindre un escalier raide, étroit, conduisant au sommet de la tour Blanche. Sans hésiter, elle se mit à le gravir dans une obscurité complète.
Valérie se trouvait déjà à moitié de son ascension, quand son oreille fût frappée par une musique suave venant d’en haut. Elle s’arrêta pour respirer et écouta. Le troubadour chantait au sommet de la tour. Sa voix pure, bien timbrée se mariait au son d’une harpe. On ne pouvait à cette distance entendre les paroles de sa chanson, mais l’air en était simple, doux, mélancolique. Cette harmonie s’exhalant au milieu d’un profond silence, au sein de ténèbres épaisses, avait un charme étrange, mystérieux, presque surnaturel. Valérie s’y fût abandonnée si les circonstances eussent été moins pressantes ; mais dominant ses impressions, elle continua de monter, et arriva bientôt à la plate-forme.

On jouissait à cette élévation d’un coup-d’œil magnifique. Le ciel était pur, l’air transparent et tiède ; la lune s’élevant lentement à l’horizon, projetait une lumière pâle sur les alentours. A cette clarté douteuse, on entrevoyait toute la plaine, entrecoupée de massifs d’arbres et bornée par les cônes arrondis des montagnes. Les eaux d’un étang voisin, qui alimentait les fossés du château, miroitaient au souffle de la brise nocturne. Le calme le plus profond régnait dans la campagne : le bruissement des insectes, qui se prolonge si tard pendant les nuits d’été, s’était assoupi. Les grenouilles des fossés s’étaient retirées au fond du marécage ; on entendait seulement par intervalles le cri solitaire d’un oiseau de nuit voltigeant autour des hautes tourelles.

Élie Berthet, Le Château de Montbrun (Elle ne tarda pas...)