Plus impitoyable que le temps, M. Riquemont était venu, et, avec ce tact exquis qu’il apportait eu toute chose, il avait remis à neuf et façonné à son image ce vénérable et poétique débris. La fleur de lis de la girouette s’était vue détrônée par un chasseur de fer-blanc, précédé d’un chien en arrêt. Les murs, dépouillés de leur robe de fleurs et de feuillage, avaient été blanchis à la chaux. L’écusson seigneurial était tombé sous le marteau. M. Riquemont avait fait abattre les tourelles pour anéantir tout vestige de féodalité. Il se vantait d’avoir aboli dans ses domaines la dîme, la corvée et le droit du seigneur. Il avait fait une écurie de la chapelle. Louise avait supplié vainement pour qu’on en fît du moins un colombier. Le château n’avait pas subi à l’intérieur une profanation moins complète. On s’était chauffé tout un hiver avec les boiseries de chêne, et M. Riquemont les avait remplacées par un papier représentant des Chinois en palanquin et des Indiens sur des éléphants.

Jules Sandeau, Le Docteur Herbeau (Plus impitoyable que le temps...)