La gare de Brive... Tout au long de mon enfance parisienne, elle a symbolisé l’accès au paradis des vacances et de la Corrèze. Je quittais Austerlitz le matin et je m’exaltais à mesure que Brive se rapprochait. Limoges... Uzerche... Des toits gris et des prés en pente... Allassac... Brive, enfin. Sur l’esplanade de la gare, je cherchais des yeux ce qui signifiait la Corrèze retrouvée : lauze sur les toits, accent des gens, numéro 19 des plaques minéralogiques. Puis je prenais l’autobus grenat. La nuit tombait quelque part après Beynat et l’autobus cahotait dans les virages...

Comme le temps passe ! A présent je vis en Corrèze, et c’est à Paris que la gare de Brive me fait rêver. Un jour j’y échouerai, fatalement, et je regretterai les harmonies en vert, en marron et en gris de la campagne corrézienne. J’invoquerai à nouveau le village immobile et resserré qui somnole sur son plateau de bruyères. Mon village. Je regretterai aussi le petit chef-lieu de préfecture qui s’étire gentiment — j’allais écrire humblement — le long de sa rivière sale. Demain sera hier, et mon exil prendra les couleurs du paradis perdu...

Denis Tillinac, Spleen en Corrèze (8 septembre)
© Robert Laffont