Traversé, en rentrant, la ville endormie, où surnageaient, le long de la rivière, les lumières de quelques bars. Ces petites villes ont le sommeil de la bonne conscience, le sommeil profond et grave des enfants.

Me suis souvenu, en passant devant la gare, de mon arrivée à Tulle, il y a un peu plus de quatre ans. Je venais de Paris. J’avais pris à Brive le dernier autorail — celui de 22 h 37 — et il est à peu près vide, comme toujours. Il faisait nuit depuis longtemps et il pleuvait. Place de la gare. Solitude. Froid. J’ai pris une chambre aux Ambassadeurs — une chambre conforme à l’imagerie : grise, nue, délabrée, d’une laideur pathétique.

Je l’ai gardée un mois. Le quartier est triste : un immeuble HLM, des bicoques en préfabriqué qui salissent la colline et, un peu plus bas, la manufacture d’armes. Cependant j’avais fini par l’aimer. Les quelques desperados qui hantent les bistrots en face de la gare furent mes premières relations. J’ai abordé Tulle par sa marge ; l’exil où je me sentais y puisait une sorte de réconfort...

Denis Tillinac, Spleen en Corrèze (28 septembre)
© Robert Laffont