Me rendant du chemin de Babylone à la Vienne, j’ai rencontré trois ou quatre fillettes que je connaissais. Nous étions bons amis depuis le jour où j’avais sauté à la corde avec elles. Toutes les fois qu’elles me voyaient, elles me disaient : « Monsieur le Japonais, venez donc jouer avec nous »...

[...]

Je suis descendu sous le pont. Là, on entendait d’habitude le bruit du linge que l’on battait, mais, ce jour-là, les lavandières n’étaient pas nombreuses. Sur la rive, entre les platanes aux feuilles jaunies et l’endroit où l’on faisait sécher le linge, je contemplais les enfants du quartier qui jouaient. L’envie me prit de faire des ricochets devant un enfant. La pierre plate et bien lisse que j’avais ramassée et lancée a rebondi jusqu’au milieu de la rivière. En l’apercevant, les enfants se sont approchés de moi et m’ont demandé de leur apprendre à faire de tels ricochets. Parmi eux, certains apportaient des pierres rondes ramassées sur la rive ; d’autres essayaient de lancer des cailloux.
Tout le monde s’amusait. Je me suis demandé si ce jeu qui se pratique au bord de l’eau n’était connu qu’au Japon et si ces petits Français n’y avaient jamais joué.

Shimazaki Tōson, L’Étranger (Me rendant du chemin...)
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