Chargé d’éclaircir l’affaire du Vieux-Donjon, et muni des renseignements nécessaires, l’inspecteur Béchoux prit le train du soir pour le centre de la France et descendit à Guéret, d’où une voiture l’amena le lendemain matin au bourg de Mazurech. Il commença par une visite au château, ancienne et vaste demeure construite sur un promontoire qu’entourait une boucle de la Creuse. Georges Cazévon y habitait.

Riche industriel, président du Conseil général, homme considérable par ses relations politiques, âgé tout au plus de quarante ans et bel homme, Georges Cazévon avait un masque vulgaire et des allures rondes qui commandaient le respect. Tout de suite, comme le Vieux-Donjon faisait partie de
son domaine, il voulut y conduire Béchoux.

Il fallait d’abord traverser un beau parc, planté de châtaigniers, et l’on arrivait à une formidable tour en ruine, seul vestige qui restât du Mazurech féodal et qui s’élançait dans le ciel des profondeurs mêmes du défilé où la Creuse tournait lentement sur un lit de roches écroulées.

Sur l’autre rive, qui appartenait à la famille d’Alescar, se dressait, à douze mètres de distance, formant comme une digue, un mur de gros moellons, tout luisants d’humidité, que surmontait, cinq ou six mètres plus haut, une terrasse bordée d’un balcon, et où aboutissait une allée du jardin.

[...]

Béchoux ne perdit pas de temps. Il explora le pied de la tour, pénétra dans le cirque de décombres accumulés à l’intérieur par l’éboulement des planchers et de l’escalier, puis regagna le bourg, questionna, fit visite au curé et au maire, et prit son repas à l’auberge. À deux heures, il pénétrait dans l’étroit jardin qui descendait jusqu’à la terrasse et que coupait en deux une petite bâtisse sans style et délabrée qu’on appelait le Manoir.

Maurice Leblanc, « Le hasard fait des miracles », L’Agence Barnett et Cie