D’après les rapports de police, les troupes russes ne se contentaient pas de se quereller dans le camp de La Courtine.

Elles auraient commis également des méfaits dans la localité et dans les commune voisines.

« Les protestations étaient formulées en grand nombre ; des vols, des commencements d’incendie étaient signalés ; rapines et chapardages étaient pratiqués dans les poulaillers et les maisons isolées.
« Les femmes n’étaient plus en sécurité sur les routes et elles étaient suivies parfois jusque dans leurs habitations. La population vivait dans la peur de ces visites parfois nocturnes, des soldats en bandes.
« Le commandant russe arrêtait ces plaintes en payant des indemnités et en punissant les coupables, mais il était rare de les trouver. »

Nous faisons les plus expresses réserves sur ces renseignements que nous trouvons dans les notes officielles.

Nous avons, en effet, interrogé de nombreuses personnes de La Courtine appartenant à toutes les classes sociales. De porte en porte, nous avons posé la question suivante :
« Avez-vous eu à vous plaindre des Russes loyalistes ou rebelles ? »

Or, partout la réponse fut la même. À aucun moment, nous a-t-on dit, nous n’avons eu connaissance de méfaits commis par eux.

Ces moujiks, pour la plupart, étaient certes, des primitifs et des mystiques, mais tous très doux. Ils adoraient les enfants et leur plus grande joie était de jouer avec eux. Ils furent toujours honnêtes et corrects, beaucoup plus que leurs successeurs, les Américains.

Ils donnaient l’impression, non d’une armée, mais d’un campement de bohémiens, avec des oripeaux de toutes couleurs, des chiens et un ours. Ils passaient leur temps à chanter et à jouer de la mandoline ou de la balalaïka.

[...]

Les habitants de La Courtine sont, d’autre part, unanimes à déclarer qu’un commissaire de police a induit en erreur l’autorité française sur les prétendus méfaits des troupes russes, dont il désirait à tout prix le départ.

Pierre Poitevin, La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France (D’après les rapports de police...)
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