Toute l’année, les régiments affluaient avec leurs chevaux, leurs fourgons, leur artillerie. Les cavaliers résidaient au camp de Grattadour, les fantassins à celui de La Ganne, sous des tentes ou dans des casernes en dur. Au-delà de la cité militaire, ils disposaient de vastes terrains de manœuvre, limités à l’ouest par la voie ferrée Ussel-Felletin, mais très étendus à l’est et au nord. Ils englobaient de nombreux hameaux comme Saint-Oradoux-de-Chirouze, Sarcenoux, Mendrin, Le Grand-Breuil, Plafait, Soudeix ; des collines, des vallées, des forêts, des ruisseaux, des étangs, des moulins.

Les exercices se déroulaient par tous les temps, car il fallait habituer les troupes à la dure. Les jeunes soldats rampaient, sautaient, couraient, prenaient d’assaut l’ennemi invisible, l’embrochaient à la baïonnette malgré sa résistance. Persuadés, comme l’affirmait un ministre de la Guerre, que « la balle est stupide, mais la baïonnette intelligente ». Quelquefois, ils avançaient courbés sous des tirs réels qui, en sifflant, leur rasaient le képi. Naturellement, ils obtenaient toujours la victoire et ramenaient un troupeau de prisonniers démoralisés. Les populations étaient empêchées de pénétrer sur les terrains de tir par des écriteaux et des sentinelles.

Du bourg, l’on entendait le bruit de ces mitraillades. Et aussi, certains jours, les claquements secs d’un canon nouveau, le 75 ; il lançait des obus pas plus gros que des chopines, mais terriblement destructeurs. L’air sentait la poudre. Au retour de ces manœuvres, dans les cent cafés, aux salons de coiffure, les officiers, galonnés de trèfles jusqu’aux coudes, frétillaient d’aise [...]

Jean Anglade, Y a pas d’bon Dieu (Toute l’année...)
© Presses de la Cité, un département de Place des éditeurs, 1993