Le musée de la Sénatorerie est à Guéret ce que le Louvre est à Paris. On y trouve aussi bien des vases de jade chinois que des sculptures gallo-romaines et des émaux du Limousin. On y voit surtout une étonnante collection d’animaux naturalisés du monde entier, dans la grande tradition des cabinets d’histoire naturelle du XIXe siècle. Derrière des vitrines d’un autre âge se côtoient lion, crocodile, paon, singes, puma, ours blanc, kangourou et papillons, l’arche de Noé au grand complet. Mais le clou du musée reste la salle des peintres de la vallée de la Creuse. De 1850 à 1930, une colonie d’impressionnistes transforma cette petite vallée perdue en atelier d’art à ciel ouvert. George Sand les avait appâtés un peu plus tôt en décrivant ses balades avec Chopin sur les ruines de Crozant. Les paysages d’Armand Guillaumin explosent de roses, de mauves, de violets, Paul Madeline voit des ciels acidulés, Alfred Smith des coteaux rose et vert vif. Un vent de psychédélisme souffle sur les toiles. Les sites choisis sont toujours les mêmes : les ruines de Crozant, les gorges de la Sédelle, les bords de la rivière Creuse. Tout ceci donne une furieuse envie d’y faire un tour. Ça n’est pas loin d’ici, 40 kilomètres tout au plus.

Vincent Noyoux, Tour de France des villes incomprises (Le musée de la Sénatorerie...)
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