La grande place Bonnyaud résume bien l’identité de la ville : d’un côté l’imposante mairie, tel un palais de granit stalinien, à côté le palais de justice et en face la cité administrative, qui regroupe tout un tas d’organes aux noms évocateurs : la Police nationale, la Délégation militaire départementale (DMD), l’unité territoriale de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), la Délégation départementale de l’action sociale des finances, la Mutuelle générale de l’environnement et du territoire (MGET), la Mutuelle générale des personnels de l’agriculture et des organismes rattachés (SMAR), le Service départemental de l’information générale (SDIG). Ma préférence va à la SMAR, mais j’aime bien aussi la DREAL pour son acronyme en poupées russes. Je suis sûr qu’en cherchant bien, il doit exister ici quelque chose comme la Direction territoriale de la mutuelle générale de l’action sociale régionale et des organismes rattachés (DTMGASROR). Guéret est une ville administrative, elle a ça dans le sang. Pas d’usine, pas de grosse entreprise, pas de filière économique, un patrimoine rikiki, une vie culturelle modeste, une vie nocturne lilliputienne, mais alors une passion pour la fonction publique ! À vous faire tomber Kafka en syncope. La préfecture est à deux pas de la cité administrative, et juste à côté, bien sûr : le conseil général. La place Bonnyaud présente sûrement la plus forte concentration de fonctionnaires du globe derrière Bruxelles.

Vincent Noyoux, Tour de France des villes incomprises (Les deux premières heures...)
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