S’il est une ville dont tout le monde se fiche, c’est bien Guéret. La préfecture de la Creuse règne sur un département rural déserté (le moins peuplé de France après la Lozère) qui n’évoque à peu près rien au reste du monde. Déjà, ce nom, la Creuse : impression d’un pays concave, qui s’enfonce, qui s’embourbe, qui s’enterre. Rien ne nous y attire et d’ailleurs, on ne sait pas où ça se trouve – les choses sont bien faites.

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Quelques happy few savent bien que cette terre de vallons et de forêts recèle l’une des plus belles campagnes de France, mais jaloux de leur trésor, ils se gardent bien de le crier sur les toits. Reste Guéret. Et cette fois, l’épais silence qui l’entoure ne protège aucun secret. Guéret, rien à dire, rien à faire, rien à voir.

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Les environs de Guéret semblent plus intéressants que le centre-ville, et les environs des environs plus intéressants encore, de sorte que par un effet centrifuge, Guéret apparaît comme le vilain centre d’une jolie spirale. Une triste bourgade enchâssée dans un paradis d’eau et de verdure. Un œil crevé sur le plus ravissant des visages.

Vincent Noyoux, Tour de France des villes incomprises (S’il est une ville...)
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