Moi, je me tuais d’énervement. Alors, j’ai décidé de reprendre ma place. J’étais guéri. Enfin, je le disais. [...] J’étais guéri, mais ce n’était plus le grand Domenech. J’ai pris le risque de rejouer. J’ai fait d’abord ma rentrée à Bègles puis contre Romans, à Brive. Pour un test, c’était un fameux test, non ?
Ce jour-là, je me suis défoncé. J’ai pris tous les risques, pour me justifier, pour mon retour dans l’équipe nationale. Pour démontrer aux sélectionneurs que Domenech était revenu. C’était peu avant France-Galles, qui devait se jouer le 23 mars à Collombes.
Mais plus que mon match contre Romans, c’est finalement l’opinion publique qui aura imposé mon rappel. Car certes, dans ce match, contre cette équipe chère à Robert Soro, l’inventeur du « Domenech-Papillon », j’ai fait un malheur.
Mais ce n’est pourtant pas cela qui avait été décisif. Bien sûr, la plupart des grands sélectionneurs étaient là. Le stade de Brive était plein à craquer, parce que personne n’avait voulu rater l’événement. Dans les tribunes, il y avait plus d’officiels qu’on n’en avait jamais vu. Au complet, la brochette, hé !
Ah, ceux-là, pour manger le foie gras, hein, dès qu’il y a un coup de fourchette à donner, ils sont vaillants ! Alors, quand j’ai vu la proportion que prenait ce match, j’ai décidé de sortir le grand jeu. Romans, ç’avait été l’équipe de Soro, qui l’avait formée et entraînée. Il y avait tous ces Arméniens, quoi, les Chichemian, Chetanian [...] Alors, j’ai voulu montrer que malgré l’épaule du mort, l’opération et tout le bazar, Amédée, il savait encore courir.
Comme d’habitude, on est parti à fond de train, hein, et on leur a planté trois essais comme ça, au milieu des fleurs. Vite fait. Sans un murmure ni un bruit. C’est vite arrivé. Un quart d’heure de jeu, je te prends la gonfle, et allez, au revoir Berthe. En voiture Simone et trois essais dans la valise de l’Arménie...

Amédée Domenech (en collaboration avec Paul Katz), Un rugby de Duc, Solar éditeur, 1971, p. 147-148.
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