L’îlot, c’est un best of de tout le coin : taillis, ronces, orties, gadoue, et un silence bien chargé en hurlements — comme si les corbeaux, les serpents et les taons avaient vraiment besoin de te rappeler que t’étais pas chez toi. J’ai fait quelques pas, histoire de me sortir des buissons et de bien m’écorcher les guiboles et puis. Ben je me suis mis en boule, tout recroquevillé, assis sur la mousse, à grelotter et claquer des dents. Y avait un petit vent qui donnait pas envie de se déplier, qui jouait un peu avec mes nerfs, qui faisait danser les taches de soleil sur ma peau, un délice et une torture à la fois, des galaxies de pollen et de poussière au-dessus, le feuillage tout cramé de lumière, et dans ses bruissements, comme des éclats de rire, de plus en plus clairs — et ils me serraient la gorge, ces rires, et aussi mes sanglots — et puis, dans la buée et les étincelles qui me couvraient les yeux, j’ai cru voir deux jambes qui dégringolaient du ciel et battaient dans le vide, et puis, mieux, mon frangin, suspendu à la branche, et Tulipe perchée, et ses yeux pleins de rires — et enfin j’ai entendu le mien, monter vers celui des gamins planqués dans le feuillage.

Geofrey Lachassagne, Et je me suis caché (L’îlot...)
© Aux forges de Vulcain