Nous arrivâmes séparément à l’Université ; ma réputation d’étudiante farfelue me précédait déjà suffisamment pour que l’on ne me mette pas en plus une liaison sur le dos. De toute façon, je n’étais même pas sûre que Colin acceptât de passer les portes de la fac à mon bras.

Quand j’entrai dans le hall, je remarquai tout de suite l’atmosphère anormale qui flottait sur tout, semblable à une poussière lourde, tenace. De petits clans s’étaient formés, castes chuchotantes où chacun parlait en tapinois, et ce bourdonnement qui couvait devint rapidement assourdissant. Des bribes de conversations alarmantes me parvinrent. Alors que j’arrivais dans l’aile est de l’établissement, je fus bousculée par un groupe d’enseignants, qui ne prirent aucunement la peine de s’excuser. Leur affolement et leur désarroi étaient communicatifs ; bientôt, la panique me gagna.

Aude Courty, Mourir dans le corps du loup (Nous arrivâmes separément)
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