Mon reflet semblait indépendant de mon corps et, dans le miroir, jouissait de sa propre existence, de sa matérialité, de son inébranlable carnalité. Fébrile, je me contemplai sans me reconnaître. Dix minutes plus tard, j’attrapai mes clefs au vol, sortis de chez moi et me précipitai dans la rue, au pas de course sur les trottoirs. Le froid de la ville, tranchant comme mille aiguilles, giflait mon visage ; ce qui m’aida à recouvrer tous mes esprits. J’atteignis rapidement la rue du Clocher et ses passants égarés, pressés de rentrer chez eux. Les magasins fermaient un à un, les enseignes s’éteignaient l’une après l’autre. Tandis que je me plantais droite comme un i devant la vitrine du Dévid’Art, je rencontrai, désabusée, une porte close et inhospitalière. Aussitôt, dans le verre rayé de la vitre, je vis une main surgir dans mon dos et se poser sur mon épaule, m’obligeant à faire volte-face.

Aude Courty, Mourir dans le corps du loup (Mon reflet semblait...)
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