Je claquai la portière et traversai la rue des Petites-Maisons. Pendant que j’introduisais ma clef dans la serrure de la porte d’entrée, sa voiture redémarra sur les chapeaux de roues et passa en trombe, faisant fi des éventuels feux rouges ou autres automobilistes. Une fois dans mon appartement, dans ma chambre, je me déshabillai et sentis sur mes vêtements une forte et âcre odeur musquée, un parfum animal que je ne reconnus pas. Le contact du tissu avec ma peau devenait insoutenable. Sa volonté séductrice avait dû être à ce point poussée à son paroxysme, qu’il avait laissé sur la moindre parcelle de mon être ses phéromones de prédateur. Dégoûtée, salie, j’ôtai précipitamment tous mes habits et les jetai au fond de la corbeille à linge.

Aude Courty, Mourir dans le corps du loup (Je claquai la portière)
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