Mais ce que je ne saurais passer sous silence, c’est la découverte en 1765, par M. Darnay, chirurgien à Saint-Yrieix, du kaolin ou terre à porcelaine dans un champ appelé Clos-de-Barre, à une demi-lieue de la ville. Cet homme, qui a créé pour le Limousin et pour la France entière une source intarissable de richesses, devrait avoir une statue de trente coudées de haut, et son nom est à peine connu dans son pays même, car on l’appelle Darnay, Darnet, et même, je ne sais pourquoi, Dardon ou Bardou. Or, voici comment la chose advint :

« Le savon, comme cela arrivait pour beaucoup d’autres denrées, alors que le Limousin n’avait aucune route praticable, vint à manquer dans cette ville. La femme d’un chirurgien, Mme Darnay, qui avait déjà employé cette argile pour enlever des taches de graisse, eut l’idée qu’à défaut de savon, elle pourrait, à raison de son onctuosité, le remplacer dans le blanchissage du linge. L’essai qu’elle en fit lui ayant réussi tant bien que mal, elle fit part de sa découverte à son mari, qui, soupçonnant que cette matière blanche et onctueuse contenait une essence de savon naturelle, crut devoir consulter Villaris, pharmacien distingué de la ville de bordeaux, sur les moyens de l’extraire. »

« Celui-ci reconnaît dans cette argile le véritable kaolin des Chinois et des Allemands. Il se rend à Saint-Yrieix, prend des renseignements sur les lieux où il se trouve, y fait des recherches, part, et de retour à Bordeaux, écrit au ministre Bertin pour lui annoncer la découverte qu’il vient de faire, et lui offrir la vente de son secret. »

Henri Alexandre Flour de Saint-Genis, Lettres sur le Limousin (Cinquante-et-unième lettre, Saint-Yrieix)