J’ai connu un vieux sage qui disait : « Rien n’est plus beau qu’un petit bistrot dans un petit village. » Notre village est un bourg et notre bistrot un véritable bar de style américano-limousin. Sa réputation excède largement les frontières de l’arrondissement et fait la joie de quelques milieux littéraires parisiens où l’on reconnaît volontiers que je dois être le seul écrivain (prétendu tel) à avoir favorisé la transformation d’une librairie en débit de boissons. En fait, il s’agit d’une sorte de club pour toutes les classes, tous les âges, tous les amoureux du sport et tous les sportifs de l’amour : un creuset de civilisation en somme. Voilà donc sept ans, jour pour jour, qu’une de nos amies, sur l’emplacement d’un dépôt de livres-papeterie, et sur mon conseil également, inaugurait le Jadis-Bar, auquel elle avait eu la double délicatesse de donner un nom qui rappelait le titre d’un de mes livres, et mon cher Harry’s bar du 5, rue Daunou à Paris. Depuis, l’établissement a présidé aux multiples cérémonies qui jalonnent l’existence : les premiers pas des baptêmes, les dernières retrouvailles des enterrements, les haltes des cavalcades...

Aujourd’hui, on y célèbre des mariages jumelés. Demain, nous nous précipiterons sur Le Populaire du Centre, ouvert à la rubrique passionnantes des « quêtes à mariages ». Ainsi pourrons-nous apprendre que l’union de J.-M. Labitoire avec Jocelyne Veau a produit 34,50 F... tandis que celle d’Arthur Pissard et Amélie Sabouret n’atteignait que 28,75 F. Et voilà deux couples qui se chercheront des noises jusqu’à la fin de leur vie.

Antoine Blondin, Ma vie entre des lignes, (Ma propre semaine)