L’Arrivée

La châsse où le corps précieux
de Sainte Valérie repose
chemine dans le soir ténébreux ;
ses porteurs redoutent noise :
les collines sont pleines de brigands
qui brisent les cloches et les croix.
Les moines de Limoges, soumis à ce qu’impose
Dieu, arche des Vérités,
ont conduit le corps de leur sainte
au pays de Combraille où chante la Tarde hérissée de rochers ;
la terre est dure à leurs pieds nus ;
noir est le ciel et noire est la contrée,
maintes fois une rafale affreuse,
de son aile immense,
frappe la troupe douloureuse
de ceux que rendent joyeux tous les ordres divins.
Voyageurs perdus dans les solitudes
sans étoiles et sans lumière,
ils écoutent la rumeur des saulaies
et la rivière courir avec un bruit de fleuve ;
ils ne disent mot, ils prient en leur cœurs
la sainte qui les voit de l’éternel rivage,
ils marchent accablés d’ombre, sans torche et sans lampe.
Soudain, un globe de feu, plus éclatant qu’un soleil,
surgit de la nuit ; ô merveille !
une âme y brille
comme une perle en un rubis vermeil.
Les moines pèlerins l’ont bien reconnue ;
l’âme sainte a parlé à leurs âmes émues
et montre à leurs regards,
malgré le noir désir de l’Ombre traîtresse,
la vallée de Chambon et ses prairies en fleur.

Paul-Louis Grenier, La Chanson de Combraille (L’Arrivée)
© Edicions dau Chamin de Sent-Jaume