Le livre des loups-garous

Au milieu des quatre « charrières »,
À minuit, en plein hiver,
Tout près des quatre chenevières,
Je vis le diable Lucifer
Avec sa queue tournée en trompette,
Son front cornu, ses pieds fourchus,
Sa gorge découpée en [forme de] serpette,
Son nez, sa mâchoire crochue ;
Ses yeux donnaient l’épouvante ;
Vous eussiez dit deux petites chandelles :
Il criait d’une voix étonnante :
« Qui veut la peau des loups-garous ? »

Je me cachais derrière la muraille,
Saisi de peur, tout tremblant ;
Quand de sa voix de basse-taille
Il cria : « Approche-toi, Pelaud »
Au milieu des quatres charrières,
Il me fait lancer trois pierres en l’air
Puis il marmonne des prières ;
L’une disait trois fois : Lucifer.
Il dit : « Je suis venu à ton appel,
Car Dieu te laisse malheureux ;
Jure-moi de m’être fidèle,
Tu seras l’un de mes loups-garous. »
(...)

François Grabié, Le livre des loups-garous
Traduction
© Institut d’études occitanes du Limousin