Vers le déclin du jour, je parvins sur les hauteurs du Puy de Valège, qui domine Collonges, et ce ne fut pas sans émotion que je contemplai le paysage merveilleux qui s’offrait à mes yeux. La petite ville rouge, incendiée par les feux du couchant qui s’effondrait au-delà du Puy de Vézy, semblait plus rouge encore, tandis que son beau clocher roman émergeait gracieusement de la houle des toits. Je sentis alors combien sont puissants et forts les liens mystérieux qui nous attachent au pays natal. J’avais vu, depuis mon départ du Limousin, bien des villes, bien des pays, bien des paysages, aucun n’avait fait vibrer en moi de fibres plus profondes. En cette minute délicieuse, ce fut une évocation de toute mon enfance dans ce cadre riant et familier, dans ce village tapi aux pieds de la chaîne des Puys, tandis qu’au loin dans la plaine moutonnante de noyers, une vapeur bleuâtre indiquait la vallée de la Dordogne.

Jean-Pierre Bial, Souvenirs des guerres de la Révolution et de l’Empire (Vers le déclin du jour...)