Pour moi qui ne prie pas, il y a cela ici, il y a cela d’abord, dans ce pays d’Obazine. Il y a du noir dans tout ce vert. Cette chose noire en nous qui est plus que nous-mêmes, qui vient de plus loin, qui était déjà dans ceux qui nous précédèrent, moines austères ou simples paysans, et conduisit leur esprit à inventer ces archétypes lumineux et rassurants qu’à notre tour nous venons voir et reconnaître : la foret primitive, la colline sacrée, la source de vie.
Pour moi qui ne sais pas ce qu’est l’âme, je crois qu’il y a cela, bien suffisant, à l’origine des processus de symbolisation qui œuvrent dans notre imaginaire, et à quoi une secrète connivence nous lie : l’arbre, la pierre et l’eau. Tout ce que, faute d’être véritablement au monde, nous nommons et sanctifions pour ne pas être happés par l’informe, ce creux du vent qui tout à l’heure nous laissa au bord de nous-même, fantôme hébété que la nature appelle et regarde mourir.
Car nous n’habitons pas un paysage, mais ses espaces rêvés, subjectifs.

Jean-Paul Chavent, Le dieu qui dort (Pour moi qui ne prie pas...)