Il y a un lieu cloîtré dans le matin. Un lieu qui a ce nom de début de la lumière. Un village le porte. C’est écrit Aubazine sur le panonceau du bord de la route, mais c’est le nom ancien que l’on voit. Le nom d’avant le village, avec un O pareil à l’œil lisse et rond d’une vierge romane. Près du panonceau, il y a un arbre mort. C’est un arbre comme il y en a dans tous les siècles. Un de ces arbres dont le vent ne veut plus. On devine que c’est par lui, le vent, que tous ces arbres sont liés les uns aux autres, les morts et les vivants. Ce lien, c’est une chose qui se perçoit dès que l’on s’aventure dans un paysage. Tout de suite un autre paysage affleure en nous-mêmes, composé de nos pensées, nos appréhensions, nos pressentiments, amené au langage par la nudité de l’air sur notre visage, mais illisible encore et comme tenu en réserve, en suspens, inéclos dans nos yeux.

Jean-Paul Chavent, Le dieu qui dort (Il y a un lieu...)